Je suis sur le quai & les regards des voyageurs me brûlent le corps, ils me transpercent & fond de moi un tas de poussière, un ramassis d'ordures qui dégueule sur le bitume. Le pire reste l'indifférence. Un coup d'oeil en coin, un quart de seconde, un souffle, & le parfum des femmes me prend à la gorge. Elle surtout. Ses cheveux blonds se déversent en un long ruisseau jusqu'à ses hanches, & son élégance me transperce le coeur. Elle est passée à côté de moi, glissant sur le macadam, sans même tourner la tête. J'ai à peine aperçu son visage, mais je sais qu'elle est à se damner. Dans mes rêves, je l'emmène en voyage & lui apprend à parler le grec. Elle m'inspire, mon accordéon se fait l'écho de sa splendeur & résonne jusque sous les pins. Ce grand mec la prend par la taille, me regarde. Méprisant. Me lance une pièce. Mon chien lui aboie dessus. J'aurais aimé qu'il lui saute à la gorge, qu'il le renverse sur le quai, ce vendu. Prends ta poupée blonde par la taille, emmène la à l'Opéra, oh oui, offre lui des robes hors de prix et du champagne par caisses. Présente la à ta mère, épouse la, fais lui des enfants, baise la une fois par mois, pour la forme, de toute façon tu va aux putes tous les deux jours, alors à quoi bon? Invente des réunions tous les vendredis pour baiser ta secrétaire & laisse la s'occuper de tes trois gosses. Travaille, travaille trop, pour payer votre maison de campagne qui pourrit en Lozère. & oublie la, oublie de l'aimer. Avec mes guenilles et mon accordéon, je lui aurait offert l'Amour.